Le sommeil, bientôt réservé aux riches?

ETUDE

Une chercheuse zurichoise s’est penchée sur l’avenir du sommeil: il pourrait devenir un symbole de statut social, prévient-elle.

Le sommeil, c’est gratuit. Et pourtant, en moyenne, la population des pays occidentaux dort une heure de moins qu’il y a vingt ans. Pire, selon une étude menée ce printemps par l’Institut Gottlieb Duttweiler (GDI), à Rüschlikon (ZH), 35% des Suisses déclarent moins bien dormir qu’il y a une décennie. D’autant plus que le fait d’avoir de longues nuits n’est pas forcément valorisé. Il suffit de lire les déclarations de managers qui se vantent de n’avoir besoin que de quelques heures de sommeil.

«Cela renforce l’idée que dormir est une perte de temps. Ces déclarations sont nuisibles, surtout qu’on sait aujourd’hui que le manque de sommeil a des effets néfastes», estime Daniela Tenger, historienne et chercheuse au GDI. C’est pourquoi la Zurichoise, épaulée par Karin Frick, a présenté hier une étude qui se penche sur l’avenir du sommeil. Dans ses recherches, Daniela Tenger soutient la thèse que, dans la mesure où le sommeil est rare dans notre vie ultraconnectée, il est précieux, donc recherché. De ce fait, il devient un produit de luxe.

«Tout un marché se développe autour du sommeil et de sa qualité. Que ce soient des applications qui mesurent le sommeil, des objets pour faciliter l’endormissement ou même des hôtels qui vantent la qualité de leur literie, l’industrie a constaté que les gens étaient prêts à payer pour cela.» En clair, le sommeil pourrait devenir l’apanage des riches. Eux seuls pourraient profiter des capsules à sieste ou autres innovations qui voient le jour.

Risque de maladies

La chercheuse pense aussi que le manque de sommeil chronique pourrait être – à l’instar de l’obésité aujourd’hui – un fléau de santé publique. «Le manque de sommeil augmente le risque de maladies cardiaques, provoque de l’hypertension et du diabète», écrit-t-elle dans son étude.

Un aspect qui n’étonne pas l’aventurier Bertrand Piccard. «La société part dans l’excès. Or il existe un certain nombre de règles physiques et physiologiques incontournables, le sommeil en fait partie. Si on continue dans cette voie, on se dirige vers une catastrophe de santé. A force d’être pressés comme des citrons, les gens tomberont malades.» Le leader de Solar Impulse et auteur de «Changer d’altitude» sait qu’il lui faut 9 à 10 heures de sommeil, dans le noir et le silence.

Un luxe qu’il ne peut pas se permettre lors de ses aventures. C’est pourquoi il utilise l’autohypnose et le sommeil polyphasique pour échelonner son repos. Une méthode qui fonctionne sur le moyen terme, seulement, prévient-il. «Quand on voit que les chefs d’entreprise font régulièrement des burnouts, ou qu’à 40 ans ils en paraissent 70, ils feraient mieux de dormir plus!» ironise le médecin.

Mais il n’est pas trop tard, souligne Daniela Tenger. En effet, elle constate peu à peu une valorisation du sommeil. «Il faudrait également que des personnalités déclarent publiquement leur besoin de bonnes nuits de sommeil.» Et éveiller ainsi les consciences.